Oxymore Mon Amour: Passions cognitives, IA & Knowledge
Mr Hamid Tawfiki, DG de CDG Capital, partage avec nous sa nouvelle tribune '' Oxymore Mon Amour: Passions cognitives, IA & Knowledge ''. Une réflexion autour des oxymores, où il est question de connaissance, d'intelligence articifielle, de créativité et de durabilité.
« Il y a des jours, des mois, des années interminables où il ne se passe presque rien. Il y a des minutes et des secondes qui contiennent tout un monde. » Jean d’Ormesson
Les Passions Cognitives. Cette notion, duale, pointe, d’un côté vers la passion, l’engouement, l’enrôlement de la connaissance par une force irrésistible qui emporte avec elle toute possibilité de raisonnement, d’intelligibilité, de clairvoyance ; de l’autre, vers la cognition humaine, faite de recherche de compréhension, d’enquête, d’interrogation sur le monde.
Influencé par l’essor de l’intelligence artificielle, de la linguistique générative, et de la logique formelle, le cognitivisme modélise la cognition en référence à la métaphore de l’ordinateur. La cognition dite centrale englobe la mémoire, le raisonnement, la compréhension, elle est décrite comme un ensemble de manipulations de symboles abstraits. Il s’agit ici de la conception cognitiviste de la pensée humaine, qui est dominante depuis l’avènement des sciences cognitives dans les années 1950.
Il y a aussi la cognition incarnée, celle qui prend sa source dans la théorie de l’évolution, et en particulier dans l’idée que nous descendons de créatures dont le système nerveux était dédié essentiellement aux traitements perceptifs et moteurs permettant d’interagir avec l’environnement immédiat. La cognition incarnée considère que l’esprit doit être compris dans le contexte de son corps, et de l’interaction de ce dernier avec l’environnement. Oh did you see me coming ? didn’t you ? Milles cornues alambiquées !
Cette douce idée induit le fait que ce type de cognition n’est plus vu sous l’angle du traitement d’information, mais plutôt comme ayant pour visée de supporter l’action. Pour survivre dans un environnement, être capable de repérer rapidement les différentes possibilités d’action est un avantage pour un organisme. Au lieu de s’être développée de manière centralisée et totalement distincte des modules sensoriels et moteurs, la cognition ancrée prendrait ses racines dans les systèmes sensorimoteurs. La cognition ne serait donc plus abstraite et amodale, mais plutôt essentiellement sensorimotrice.
Par ailleurs, la poésie, comme un zeste d’élévation, nous propose une autre prescription. Elle dit vouloir penser les mots pour panser nos maux. Ici, le mot pour le mot, pour le son, pour le rythme, dans une syntaxe de simple énonciation. Ailleurs, ce sont les jeux de la syntaxe et de l'impertinence sémantique qui réduiront le mot à l'état de matériau.
"J'aime et je crois. L'énigme enfin dira son mot. L'ombre n'est pas sur l'homme à jamais acharnée. Non ! Non ! l'humanité n'a point pour destinée. D'être assise immobile au seuil froid des tombeaux"
Exploration du monde et de la vie, la poésie est comme la science au cœur de la connaissance, repoussant elle aussi les limites de l'inconnu et de l’impensé. Elle est encore la conscience critique du rapport à la connaissance. Elle a un sacré caractère épiphanique. Au savoir-vrai argumenté du discours de la science, elle oppose la modalité assomptive, immédiate, de la saisie du monde.
« Pour aller plus loin, ne jamais demander son chemin à qui ne sait pas s'égarer. Si tu ne t’étais jamais perdu, aurais-tu jamais connu ? La découverte, le destin, l’aléa de la rencontre, les miracles d’invention et de bonheur » dixit notre passe-partout !
Nous avons osé la conjugaison de la cognition incarnée avec la poésie pour mieux servir la Passion, cette passion qui intensifie la vie en étant synonyme de libération. Elle est l’engouement, l’enrôlement de la connaissance par une force irrésistible qui emporte avec elle toute possibilité de raisonnement, d’intelligibilité, de clairvoyance. L'Homme est, peut-être, né pour penser, mais c'est une vie inerte à laquelle il ne peut s'accommoder. Il lui faut du remuement et de l'action, il est nécessaire qu'il soit quelquefois agité par des passions, dont il sent dans son cœur des sources si vives et si profondes.
"There is no end and there is no beginning. There is only the passion of life. Passion is universal humanity. Passion is the genesis of genius"
La sagesse nous répète qu’il vaut mieux se perdre dans la passion que de perdre sa passion. Mais soyons clair : de quelle Passion s’agit-il ? Hier, comme Aujourd’hui notre obsession était et est : la Passion de l’Avenir.
"Quand l'Avenir de l'enfant, Se pose sur le temps, Renaît tous les printemps, Où éclosent nos instants"
Cela étant, pour parler d’Avenir il nous faudra penser le Progrès. Or nous ne pouvons pas ignorer que l'idée de progrès s'appuie sur l'idée que l'histoire a un sens.
En effet, la raison des temps modernes a profondément bouleversé le rapport au temps, à la nature et à la technique. La révolution galiléo-copernicienne des 15ème et 17ème siècles a transformé à la fois le système du monde et le statut de l’homme en ce système. L’homme s’est trouvé privé de la référence à un ordre indiscuté où sa place lui était assignée, toute cohérence et toute certitude apparemment disparues. «Le silence de ces espaces infinis m’effraie» disait Pascal, c’est la raison pour laquelle l’homme moderne, abandonné en quelque sorte à lui-même, va se tourner vers l’horizon de l’histoire qui lui apparaît comme d’autant plus prévisible qu’il en est désormais le maître.
Sur ce sujet, rappelons-nous ce que disait notre tiers-instruit dans ses nouvelles du monde : «Comme toi et moi, le monde va, en haillons, désorienté. L’histoire court comme une bergère égarée qui, depuis son origine, crie dans le désert la perte de son sens. Aussi foudroyée, l’ère contemporaine, sa petite sœur, tient par la main son aînée : ne sachant vers où aller, elles pleurent, toutes deux, entre les dunes ». Milles Castors! Milles Millions de cornues !! Pantope a encore bien joliment brui.
Tout ce qui nous aidera, plus tard, à nous dégager de nos déconvenues s'assemble autour de nos premiers pas, disait René Char. Alors vaille que vaille, œuvrons, osons, conjuguons, furetons !
L’homme moderne, au moment où triomphe la rationalité à la fois théorique et instrumentale, va mettre en œuvre une immense curiosité intellectuelle. Elle va s’exercer dans les domaines scientifiques et techniques, elle va s’orienter vers la transformation du réel. Cette curiosité s’investit dans une conception de l’histoire centrée autour de la croyance au progrès. En effet, l’apparition de l’idée de progrès, caractéristique de l’historicité moderne, est liée aux potentialités de ce monde et à l’activité propre de l’homme qui tente de le réaliser.
Ainsi l’homme doit être l’auteur de son histoire pour être à même d’affirmer la possibilité d’un progrès issu de son action. Il est capable d’anticiper, de se projeter dans le futur et d’organiser son présent en fonction de l’avenir. L’histoire peut donc apparaître comme prévisible parce qu’elle est faite par l’homme.
Incontestablement, la notion de progrès a été diversement interprétée selon les époques. Elle peut globalement se comprendre comme une combinaison de progrès moral, progrès social, progrès scientifique, progrès technique, progrès spirituel et, à partir du xviiie siècle, de progrès économique, on parle ainsi de croissance économique.
Cette notion de Progrès ne naît pas ex nihilo mais a partie liée avec celle d'évolution. Pour en saisir les multiples nuances, il faut réfléchir au concept d'évolution, et donc remonter, non seulement, aux origines mêmes de l'histoire de l'humanité mais aussi à ce qui la précède.
Les réflexions sur le progrès se fondent sur une série de vastes interrogations : par quelle suite de processus l'homme évolue-t-il ? Ces processus sont-ils naturels, innés, simplement relatifs aux efforts instinctifs d'adaptation de tout animal à son milieu ambiant ? Dans quelle mesure sont-ils au contraire culturels, acquis au prix d'une volonté réfléchie de dépasser sa condition ? Où se situe la distinction entre évolution et progrès ? Comment évaluer la différence d'échelle entre évolution biologique et progrès culturel.
Progrès technique, Progrès scientifique. Nous y voilà. La science s’invite enfin. La transformation dans la société actuelle du rôle de la science, qui dans l’antiquité coïncidait presque avec la philosophie, puis s’est modifiée en utilisant la technique et en découvrant l’expérimentation.
« La science, c'est ce que le père enseigne à son fils. La technologie, c'est ce que le fils enseigne à son papa ». Alias Arlequin
Selon Bernard Stiegler, l’objet de la science était initialement la description de ce qui est. Le vrai changement est venu avec le machinisme, lorsque la technique est devenue la technologie industrielle. La science n’a plus pour programme de décrire ce qui est, mais de faire advenir ce qui devient. Cette science du devenir a essentiellement partie liée à la technique devenue technologie et à l’industrie.
Avec les nanotechnologies, les technologies cognitives ou les technologies du vivant, cette science commence à faire des sélections dans le devenir. C’est à dire que la science en vient à nous proposer des futurs possibles. Or il faudrait pouvoir choisir entre ces possibles au non d’une cause extrascientifique. Une telle critériologie extra-rationnelle n’est rien d’autre que le marché. Or aujourd’hui, il y a une tendance à énucléer tous les cerveaux humains de leur conscience afin de les rendre disponibles pour le marché.
Avec l’obsession de contrôler les comportements et de capter les désirs, nous observons une destruction du désir et de la singularité des individus. C’est le règne des pulsions, la télévision pulsionnelle, et même la politique pulsionnelle. La grande tentation est de vouloir soumettre l’attention à une captation intégrale, de mobiliser tout le temps de cerveau disponible - ce qui constitue une destruction de l’attention. Milles Castors ! Vite, Vite Professeur Occultis, quel remède ? quelle potion ?
Ne faudrait-il pas renverser la manière dont s’effectuent les choix : Imaginer une mutation, un nouvel agencement, articulant étroitement la technologie, la science, la philosophie, l’économie, la sociologie et la politique. Ne nous faudra-t-il pas une politique de technologies cognitives au service de l’intelligence collective et non pas utilisé ces techniques de la culture et de la cognition comme des techniques de manipulation de l’esprit.
L’expression «passions cognitives» porte avec elle une tension visible, palpable. Mais précisément, c’est en ce qu’elle porte à la fois, la dimension subversive de la passion, cette part de pensée sauvage, cette part d’ivresse dont parle Max Weber à propos du savant, et la dimension pragmatique du connaître, de l’activité d’enquête, que nous reconnaissons à la formule « passions cognitives », un caractère dynamique, novateur, stimulant.
J'avoue. J'adore ce caractère d’Oxymore de l’expression passions cognitives. Il permet, en effet, de mettre à jour de nouveaux territoires d’enquêtes, de révéler de nouvelles dimensions du travail cognitif, tant du côté des formes de passion, que du côté de la distribution des savoirs, tant du côté des raisons d’investissement ou de l’engagement à connaître, que du côté des configurations des connaissances, de leurs agencements, de leurs positionnements dans la cartographie des sciences.
La passion devient de facto indissociable d’un faire connaissance, d’un amour de savoir, qui rejaillit sur l’intensité de la passion.
« On peut presque tout faire sans lumière sauf écrire. Ecrire demande des lueurs. Vivre se suffit d'ombre, lire exige la clarté. » Ange-Hermès
Je suis venu ignorer devant vous
Après ses diverses réflexions, Mr Hamid Tawfiki, DG de CDG Capital, partage avec nous sa nouvelle tribune '' Je suis venu ignorer devant vous '' mettant en avant l'ignorance sous différentes perspectives.
“To know that you do not know is the best. To think you know when you do not is a disease. Recognizing this disease as a disease is to be free of it.” Lao Tzu
L’ignorance est notre état originel. Elle fait du monde qui nous entoure un lieu d’abord enchanteur, parce que tout y est nouveau, offert à la curiosité. Mais bien vite, ce lieu se révèle menaçant. Le malheur viendrait alors de notre propre faiblesse, parce que nous ne nous connaissons pas.
L'ignorance est aussi l'écart entre la réalité et la perception que l'on en a. Cet écart peut être la conséquence d'un préjugé, d'une illusion, d'une erreur de logique, d'un biais de la pensée ou tout simplement le fait de ne pas savoir (sic !).
Certes, il n’est pas sûr que la volonté de savoir, d’expérimenter, de s’instruire soit pour autant un gage de bonheur. Car non seulement apprendre demande des efforts souvent vécus comme pénibles, mais, l’omniscience étant impossible, tout savoir est limité, et donc frustrant. Il est force est de constater qu’on est toujours plus ou moins ignorant en raison de notre finitude. L’omniprésence de l’ignorance est donc sans fin. Tous humains, tous ignorants.
L’insatisfaction semble inhérente à la connaissance. Est-il alors préférable de faire le choix de l’ignorance pour être heureux, ou bien vaut-il mieux chercher à étendre le plus loin possible ses connaissances pour trouver son bonheur dans ce que l’on a cru comprendre du monde et de soi ? This is it, Ignorance is a bliss !
L’ignorance a sa propre science maintenant. Vous le saviez peut-être. Moi, je l’ai découvert avec enchantement. L’agnotologie, science de l’ignorance, ce néologisme a été créé en 1992 par Robert Proctor, professeur d'Histoire des Sciences à l’université de Stanford, pour désigner l'étude des diverses formes de l'ignorance et, en particulier, de la manière dont la société la produit, l'entretient ou la propage. Voici un rien en voie d’être un tout.
« L’ignorance qui se sait, qui se juge et qui se condamne, ce n’est pas une entière ignorance : pour l’être, il faut qu’elle s’ignore soi-même. » Michel de Montaigne
La vie, chemin faisant, nous apprend aussi que les (vrais) sciences ont deux extrémités qui se touchent. La première est la pure ignorance naturelle où se trouvent tous les hommes en naissant. L'autre extrémité est celle où arrivent les grandes âmes, qui, ayant parcouru tout ce que les hommes peuvent savoir, trouvent qu'ils ne savent rien, et se rencontrent en cette même ignorance d'où ils étaient partis ; mais, ici il s‘agit tout simplement d’une ignorance savante qui se connaît.
Autrefois, le monde des sciences était peuplé de savants. Aujourd'hui, il l'est de chercheurs. Ainsi, l'accent est mis sur tout ce qui reste à trouver plus que sur tout ce que nous savons déjà. Aussi, peut-on induire, sans trahir les grands esprits, que l'ignorance joue un rôle plus important que la connaissance dans l'avancée des sciences.
Le savant, le plus grand, est, bel et bien, celui qui connaît les limites de son savoir, c'est-à-dire l'infini de son ignorance. Voilà pourquoi nous voyons si peu de savants à la télévision alors que cette dernière convient si bien aux experts.
Écoutons, un moment, notre célèbre passe-partout, notre trouvère, notre sage espiègle, qui répétait, avec malice, qu’il rêvait d’organiser un séminaire où il inviterait des savants à venir parler à l’audience de tout ce qu’ils ne savent pas encore et aimeraient savoir. Il voyait dans cet aveu de leur ignorance, l’ultime coquetterie du savant. Sagesse made in Sancho Pansas.
Combien de fois avons-nous croisé des savants incultes et des cultivés ignorants ? Souvent et sans le savoir. D'où le tiers instruit. Feindre d'ignorer ce qu'on sait, de savoir tout ce qu'on ignore ; d'entendre ce qu'on ne comprend pas, de ne point ouïr ce qu'on entend ; s'enfermer pour tailler les plumes, et paraître profond, quand on n'est, comme on dit, que vide et creux ; tâcher d'ennoblir la pauvreté des moyens par l'importance des objets : voilà toute la comédie humaine. Balzac avait, si bien décrit à son époque, la totalité du réel en s'intéressant à des réalités jusque-là ignorées en littérature, parce que laides ou vulgaires.
Un élève, sans le savoir, se situe dans ce juste milieu de savoir et d’ignorance : il a des connaissances dans un domaine, mais elles sont souvent incomplètes. En fait, il doit savoir que les conditions idéales pour activer sa curiosité et sa motivation optimales à accroître ses connaissances sont un peu de savoir et un peu d’exposition à l’ignorance autour de ce savoir. Savoir 5 – Ignorance 1
Enfin, savez-vous qui a dit : « nul n’est censé ignorer la loi » ? Moi je l’ignore ! Quelle erreur ! Cette maxime, qu’on ne peut pas ignorer, signifie que ce qui est su doit l'être de chacun, tandis que ce qui régit s'adresse à tous. Malheureusement, cela est tout à la fois vrai et faux. Vrai, parce que chacun ne peut invoquer l'ignorance de la loi pour échapper à ses devoirs, et que la loi vise chacun d'entre nous. Faux, parce que la présomption de connaissance de la loi est en réalité une fiction. Enfin, un peu de logique floue dans un monde trop binaire. Ignorance 4 – Savoir 2 : Balle au centre !
“The last word in ignorance is the man who says of an animal or plant: 'What good is it?” Aldo Leopold
Alétheia, le Temps et la Symphonie des éléments
Mr Hamid Tawfiki, DG de CDG Capital, partage avec nous une nouvelle tribune " Alétheia, le Temps et la Symphonie des éléments "
« C’est ainsi que, selon l’opinion, ces choses se sont formées et qu’elles sont maintenant et que plus tard elles cesseront, n’étant plus entretenues. A chacune d’elles les hommes ont imposé le nom qui la distingue. » Le poème de Parménide
Dans la mythologie romaine, la triade précapitoline est un groupe de trois divinités: Jupiter, Mars et Quirinus, autour desquelles s'organisait la religion romaine archaïque. Selon Georges Dumézil, les sociétés d'origine indo-européennes géraient l'activité humaine au travers de ladite «tripartition», appelée aussi "trifonctionnalité", représentée, entre autre, par cette triade, qui couvrait trois fonctions : le religieux, le guerrier et l’économique. A chaque fonction correspondait sa Vérité et c'est au nom de leur vérité particulière que les humains ne cessaient de s'affronter.
Par ailleurs, chaque fonction précitée développait son propre langage. S’il est bien connu que la langue d’usage est illettrée, il ne faut pas oublier qu’une langue enrichie par une densité d’idiolecte, devient toute-puissance, elle devient ainsi la capacité de tout dire. Or, seuls ceux qui possèdent le véritable amour et la véritable sagesse découvrent la même vérité (Alètheia), et parlent tous le même langage.
Pour Dumézil, le schéma tripartite est mort en occident en 1789, quand la noblesse et le clergé ont baissé le pavillon devant le tiers État. Alors qu’auparavant, ces trois fonctions étaient exercées comme des pouvoirs séparés, hiérarchisés parfois tournants. Nous avons constaté, depuis un certain temps, un peu partout en Pantopie, un basculement très clair du schéma tripartite équilibré, vers le tourniquet tripode.
En effet, un jour, en un lieu, le religieux prenait le dessus ; un autre jour, dans une autre contrée, le guerrier harponnait le pouvoir ; et puis, depuis un certain temps, un « taureau », l’économico-financier, a pris les rênes. Il est évident qu’aujourd’hui, presque partout en Pantopie, les sujets, les projets, les promesses de l’économie et de la finance sont devenus omnipotents, totipotents. Leurs dictionnaires dominent le langage d’usage ; leurs règles, leurs désirs, leurs schémas s’imposent ; leurs nouvelles inondent, inexorablement, nos quotidiens.
“Quand la vérité manque, utilises un proverbe ou un poème pour la trouver” Proverbe Nigérian -légèrement amendé-
Avec la Pandémie, la réflexion sur le temps s’impose à nous tout naturellement. En surplombant le cours de la vie, nous ne pouvons plus imaginer celle-ci que comme une traversée, entre début et fin, et nous tournant d'emblée vers sa fin.
En dépit de l'invitation ressassée par les poètes : "cueille le jour !", nous ne concevons toujours pas ce que peut être de vivre au présent. Le présent est toujours le dernier mot du temps et du vrai. « Essayons de sortir de ce grand pli du temps » proposait un grand philosophe-sinologue. Pensons le moment saisonnier et la durée des processus. L'opportunité du moment et la disponibilité opposée au devancement.
«Souviens-toi que le Temps est un joueur avide » disait Baudelaire. Il a bien raison.
On finit, naturellement, avec l’âge, à se rendre compte que le seul secret de la vie, c’est vivre. Apprendre à aimer la vie dans sa fugacité ; Apprendre à aimer cette existence éphémère au lieu d’en rêver une autre, cet instant éphémère dans le cours infini d’une nuit éternelle.
Ecoutons aussi Montaigne qui disait : ce qui importe ce ne sont pas les savoirs, mais de se rendre plus fort devant les vicissitudes de l'existence et la perspective de la mort, ce "saut du mal-être au non-être", auquel nul n'échappera.
En d’autres termes, n'arrêtons pas d’apprendre à vivre, à souffrir, à aimer, à vieillir, apprendre les autres, apprendre des autres, apprendre le mouvement des choses et du monde, apprendre à regarder la nature, les animaux et apprendre des leçons d’eux, apprendre la vanité de nombre de choses humaines, apprendre à se connaître soi-même, apprendre une sagesse intempestive, apprendre à mourir enfin. Le glorieux chef-d’œuvre de l'homme, disait Montaigne, c'est vivre à propos.
Déjà, une première erreur nous guette depuis si longtemps. Une erreur qu'on peut considérer comme une source potentielle de vérité. En effet, l’hypothèse scientifique suppose que le temps se développe de façon linéaire, alors que le temps se plie ou se tord. Le temps classique se rapporte à la géométrie alors que le Temps peut se schématiser par une sorte de chiffonnage, une variété multiplement pliable. Le passé n’est donc plus dépassé.
Quand notre passe-partout, préféré, avait formulé cette merveilleuse idée, ma première réaction était semblable à ma première rencontre avec cette belle branche en Mathématique qu’est la Topologie. Une rencontre délicieuse, dangereuse, disruptive, du troisième type. Une vérité, une réalité, une beauté, cachée, ignorée. Telle une rencontre avec un joli spectre qu’on a fini par apprivoiser, accepter, après l’avoir dénié, dénigré. Mais une fois intégrée, une fois que l'on se l'est appropriée, cette belle idée devient une sublimité, une éminence, une exquise Alétheia. Et la lumière fut. Terre en vue !
Une seconde erreur continue à nous enivrer. Le fait qu’il y ait un schéma ancien qui plaçait la Terre au centre du monde et notre galaxie au milieu de l’univers. Tout cela pour que notre narcissisme s’en trouve satisfait. On prend conscience petit à petit que la courbe que trace l’idée de progrès dessine, ou projette dans le temps la vanité, la fatuité exprimée dans l’espace par Notre position centrale.
Osons penser le temps comme une synthèse du rythme et du tempo, osons une quatrième fonction qui nous oblige à vivre pleinement notre vie sur Terre. Ecoutons la mer, les fleuves, les volcans, les montagnes, les vents, les faunes et les flores. Biogée ai-je dit : Non, Pantope a dit.
Ne pensez-vous pas qu'il est temps que la pierre se résolve enfin à fleurir et que l'on savoure pleinement la Symphonie des éléments.
Mundus Patet.
Economie nationale et marché de taux face aux enjeux du Covid-19 et de la sécheresse
L'économie nationale évolue dans une conjoncture particulièrement difficile, marquée d'une part par la pandémie Covid-19 et son impact considérable sur l'économie mondiale ...
L'économie nationale évolue dans une conjoncture particulièrement difficile, marquée d'une part par la pandémie Covid-19 et son impact considérable sur l'économie mondiale, avec un manque de visibilité sur l'horizon de reprise de l'activité dans l'ensemble des pays affectés, et d'autre part, par la succession de deux années de sécheresse au niveau national.
Expertise, Solidité et Rigueur : CDG Capital primée par Thomson Reuters
CDG Capital, la Banque de Financement et d'Investissement du groupe CDG, a récemment été primée par le prestigieux prix de Thomson Reuters* Lipper Award « Overall MENA Markets Domestic Funds »
CDG Capital, la Banque de Financement et d'Investissement du groupe CDG, a récemment été primée par le prestigieux prix de Thomson Reuters* Lipper Award «Overall MENA Markets Domestic Funds» récompensant la meilleure gestion de la zone MENA au titre de l'édition 2020, et cela pour la deuxième année consécutive !
Ce prix vient confirmer une nouvelle fois l'Expertise des équipes de gestion d'actifs, la Solidité des processus de prise de décision, et la Rigueur de la gestion des risques à CDG Capital.
Aussi, la gestion obligataire et diversifié a été primée à travers les 2 fonds «CDG Rendement» et «CDG Multigestion» élus meilleurs fonds, dans leurs catégories respectives, sur une période de 10 ans.
Cette distinction vient confirmer les efforts continus et la volonté de CDG Capital, en tant que leader de la gestion d'actifs au Maroc, à délivrer à ses clients une performance Responsable et Régulière.
* Les prix Thomson Reuters Lipper récompensent les fonds et les sociétés de gestion de fonds qui se sont distingués en matière de performances ajustées aux risques, relativement à leurs pairs du secteur.
Pandémie, Pantopie et Pangloss
Mr Hamid Tawfiki, DG de CDG Capital, partage avec nous sa tribune "Pandémie, Pantopie et Pangloss"
Une réflexion tentant de prendre le dessus sur le confinement et de faire sens d'un contexte exceptionnel qui nous embarque dans de nouveaux “unknown unknowns”
Utopia is about ideals, Dystopia is about despair, Pantopia is about experience.
Et soudain, advient une Pandémie qui fait littéralement bringuebaler notre Pantopie entre Utopie et Dystopie.
Nous sommes en train de vivre, tous, sans exception, toutes couleurs du kaléidoscope, toutes cultures confondues, grands et petits, forts et faibles, riches et pauvres, des moments inédits, face à une vilaine pandémie qui s’est invitée, à l'insu de notre plein gré, dans notre tranquille Pantopie. Elle commence par nous ronger individuellement, elle finira par nous transformer collectivement.
Cette crise chamboule tout : nos habitudes, nos certitudes, nos convictions, nos croyances, nos modèles, nos vitesses, nos accélérations, nos fantasmes, et nos illusions. Elle nous éjecte de notre zone de confort, elle fait bruire «le réveil immédiat», elle nous somme d'embarquer dans une « terre inconnue », «the uncharted territories» , dans le mystérieux «unknown unknown».
Utopia is too good to be true; Dystopia is too bad to be true; and Pantopia is too true to be either good or bad.
Les occidentaux avaient appris, ces dernières années, par enchantement, la définition chinoise de la « crise ». En effet, Le mot crise en chinois est composé de deux caractères. Le premier caractère « danger » représente un homme au bord d’un précipice. Le second, souvent associé au vocabulaire des machines, signifie « opportunité / chance ».
S’agit-il d’une sagesse chinoise innée ou d’une simple accumulation d’expériences acquises depuis plusieurs siècles?
Aujourd’hui , après avoir importé la nouvelle crise, grâce (ou à cause) à (de) la nécessaire et indispensable connectivité, nous sommes en train de la vivre pleinement en espérant que cela servira à enrichir nos expériences et/ou à développer notre propre sagesse.
En effet, nous sommes maintenant en train de faire face au «danger», en actionnant nos modules de survie, en déployant une batterie d’actions défensives : distanciation sociale, mesures barrières, hygiène renforcée, confinement, discipline de fer.
Nous nous efforçons de lutter contre notre insoutenable légèreté. Nous faisons, progressivement, appel à notre « BIOS» d’humanité : solidarité et empathie, une auto-discipline pour une anti-fragilité, donner pour recevoir, se protéger pour protéger les autres, s’abandonner à vivre.
Consciemment ou inconsciemment, nous aurons à être attentif à toutes les nouvelles idées qui pourraient naître, sur notre façon de travailler, de vivre et sur ce que nous avons vraiment envie de faire; nous aurons à tirer parti du changement rapide et forcé pour accélérer des transformations structurelles dans notre style de vie, notre travail, nos priorités, nos essentiels; nous aurons à chercher des «opportunités» qui nous feront grandir, celles qui nous permettront de sortir de la crise avec une meilleure version de nous-mêmes.
Pantopia embodies both the brilliant wonder of innocence, and the hard wisdom of experience
En attendant le jour d'après, un grand MERCI à tous ceux qui prennent des risques pour nous protéger, pour nous soigner, pour nous guider, pour nous sauver.
Je vous souhaite, je nous souhaite, je leur souhaite du courage, de la force et une bonne dose d’humanité.
Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes ! Mais prenez quand même bien soin de vous!
L'article a été publié initialement sur LinkedIn.
La seconde vie Made in Pantopie
Après sa première reflexion "Pandémie, Pantopie et Pangloss", Mr Hamid Tawfiki, DG de CDG Capital, partage avec nous sa deuxième tribune "La seconde vie Made in Pantopie". Une perspective optimiste dans ce contexte difficile.
" Se mettre en chemin sur ses deux pieds, et, jusqu'au soir, le presser, le reconnaitre, le bien traiter ce chemin qui, en dépit de ses haineux, nous montre les fétus des souhaits exaucés et la terre croisée des oiseaux " René Char
Oui, comme d’habitude, le temps percole et parfois s’envole. Il est vrai aussi que le temps fuit et emporte avec lui tout ce que nous laissons échapper. Mais, selon un proverbe indien, le temps est un présent éternel.
Il existe des moments qui vous laissent, le temps d’un instant, un goût d’éternité ou une sapidité de chrysalide. C’est dans l’intensité de ces moments que l’essentiel se transforme en urgence et il devient nécessaire d’être attentif à la qualité de l’instant. Bien sûr, l’instant fulgure ; il déchire le silence et la nuit de l’attente, mais ces moments opportuns que nous vivons, sont notre Kairos.
Miss Pandémie, l’ennemie numéro un de Pantopie, nous amène, inéluctablement, à nous poser la question de notre rapport à la mort. Nous savons, tous, qu’il y a deux âges dans la vie : un âge où la mort ne concerne que les autres, ie la mort vague dixit Spinoza, et un âge où l'on pense à sa propre mort. Au sein de Pantopie (The All-Place) nous sommes, aujourd’hui, individuellement et collectivement, en train de vivre ce passage, simultanément, en direct, live while alive.
Il est bien connu, qu’une fois posée l’idée de sa propre mort, un présent plus consistant devient possible. Ce moment-là, en paraphrasant un grand poète, est l’occasion de faire en sorte que toute fin supposée soit une neuve innocence.
Pour éviter que notre Pantopie ne se disloque en regardant ailleurs, aidons-la à entrevoir cet espace accru qui apparaît devant nous, qui s’illumine en nous, qui n’a pas la facilité du songe. Imperceptiblement, quelque chose d’immense, d’intense, s’annonce impérieusement : La Seconde Vie de Pantopie. Il s’agit de ce moment où, consciente de sa propre mort à venir et du temps qui lui reste à vivre, Pantopie décide de donner un nouvel essor à son existence.
Au départ, Pantopie est plutôt induite. Elle aura, dorénavant, à répondre, aux vraies questions, sans angoisse, en parfaite conscience, mobilisée, déterminée, libérée.
Comment se redéployer dans un nouvel élan ? Comment redonner corps et sens au progrès dans un contexte viral ? Comment convertir le découragement en reconquête de l'avenir ? Comment faire que le risque systémique soit notre clarté ? Comment ne pas oublier que le destin de tout homme est marqué par l’empreinte de l’altérité ? Comment se focaliser, avec joie, sur les besoins essentiels au lieu d’être corrompu, en continu, insidieusement, par les envies? Quand adopterons-nous le contrat naturel ? Quand aurons-nous une gouvernance mondiale, focalisée sur les essentiels, sans ambages mais avec beaucoup de responsabilité : la W.A.F.E.L (*) au lieu et place de l’O.N.U ?
C’est pendant ce moment, Kairos, que l’action spontanée de Pantopie y sera propice, libérée de failles ou de contractions. Avec un optimisme de combat, Pantopie devra être du premier soleil, savoir guetter les rougeoiements de l’Aube.
Vaille que vaille ! Nous avons, absolument, besoin d’un surgissement qui traverse la limite, qui franchit l’obstacle et qui se risque dans un espace imprévu. L’inconnu : ce dont nous ne sommes pas maître, ce dont l’appel ne cesse de nous tenir éveillé, ce qui nous provoque, cet horizon inaccessible où se fomente notre destin. L'infortune et la chance. Mais cette dernière s’annonce dans des personnes, dans des vivants, dans des visages !
Appariée à l’inconnu, Pantopie est vouée au duel et doit ajuster sa réponse à la provocation de l’avènement de sa Seconde Vie. Ad Astra Per Aspera.
Adishatz et Good luck to all of us !
(*) Michel Serres, qui nous manque tellement, avait proposé la création d'une véritable institution mondiale, qui représente l'eau, l'air, le feu, la terre et les vivants, la Wafel (water, air, fire, earth, living).
L'article a été publié initialement sur LinkedIn.
Participation de CDG Capital au Sherpa Meeting de l'IDFC
Du 5 au 6 mars 2020, CDG Capital, représentée par Marwane Mansouri, Directeur du Développement Humain, Durable et de la Communication, et Laila Mikou, Directrice du Développement Durable, a pris part au Sherpa meeting de l’IDFC qui s’est tenu à Budapest au siège de l’International Investment Bank.
Après la présentation par l’IIB des faits marquants de son institution, les participants ont traité des problématiques stratégiques, opérationnelles, de partenariat et de communication.
En premier lieu, les participants se sont penchés sur le sujet de l’alignement des banques de développement à l’agenda 2030, en préparation du sommet international des banques de développement qui aura lieu à Paris le 12 novembre 2020, en présence de chefs d’Etat. Ainsi, 5 thématiques ont été traitées (gouvernance, régulation, caractérisation des ODDs, business models et architecture internationale des ODDs).
CDG Capital, Bancoldex et BNDES, pilotes du groupe de travail business models, ont eu l’occasion d’échanger en vue d’identifier le plan de travail pour l’année et les livrables attendus.
Sur le volet climat, les participants ont passé en revue le planning d’édition du rapport green mapping pour 2020* et ils ont approfondi l’opportunité de publier un document conjointement avec le GCF pour montrer comment les banques de développement contribuent à l’atteinte de l’accord de Paris sur le climat. La IDFC Climate Facility, dotée d’un budget de 10 millions d’euros, a présenté ses axes de travail pour les quatre prochaines années.
D’un point de vue opérationnel, les groupes de travail (blended finance, Gender, Biodiversity, Cooperation for development) ont présenté l’avancement de leurs travaux.
Enfin, la réunion a évoqué la participation de l’IDFC aux prochaines réunions prévues au niveau de l’agenda international, dont notamment la COP 15 de la biodiversité en Chine au mois d’Octobre 2020 et la COP 26 à Glasgow en novembre 2020.
*Le Green Mapping est un rapport qui recense le total des engagements annuels des membres du club dans la finance verte par type d’instrument, par secteurs d’activité etc.